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Homélies spirituelles St Macaire V
Catéchisme pour adultes 2009-2010    :    La question des attaches   V
 
 
                                               Les attaches extérieures.
 
 
-Après avoir parlé du pouvoir du démon, il nous faut examiner maintenant les obstacles provenant de l'extérieur qui empêchent l'âme d'accéder à la lumière.
 
          L'obstacle extérieur principal à l'accès à la lumière, c'est l'affection pour les choses terrestres : "Quand un homme porte volontairement les chaînes d'un amour terrestre et charnel, le mal se sert de ce moyen pour le séduire, jusqu'à ce que cet amour devienne un lien, une entrave, un fardeau pesant qui l'enfonce dans le mal et l'y suffoque, qui l'empêche de prendre son essor et d'aller vers Dieu En effet, tout ce qu'on aime de ce monde fait descendre l'intellect, le maintient au sol et l'empêche de prendre son essor. Tout le genre humain est suspendu à cette balance et soumis à ce test du mal, pour y être pesé et éprouvé, y compris les chrétiens, qu'ils habitent les villes ou les montagnes, les monastères ou la campagne, ou les déserts. En effet, si un homme, séduit par sa propre volonté, aime quelque objet, dès lors son amour est enchaîné quelque part et ne tend plus vers Dieu" (II, 5, 11).
 
          .L'attache à un 'amour terrestre ou charnel' connaît un processus qui aboutit à un véritable captivité, si la volonté ne réagit pas. Cette captivité, c'est un enchaînement à la terre -toute attache nous fait aimer la terre- :
 
          "En effet, dans ce qu'on aime, on trouve un secours ou un poids qui nous entraîne. Si l'on aime quelque chose du monde, cet amour devient un fardeau et un lien qui entraînent vers le bas et empêchent de s'élever vers Dieu." (II, 5, 13)
 
          .L'attache terrestre ou charnelle porte toujours sur un objet qui est inférieur à la nature même de l'intellect, notre faculté supérieur qui nous rattache à Dieu. C'est pourquoi, si l'attache concerne les plaisirs de la chair, cette affection est qualifiée d'"impureté", "parce que l'homme, précisément par les péchés de cette espèce, se laisse détourner et entraîner vers ce qui est au-dessous de lui, ce qui appartient à sa nature animale. En effet, on appelle impur ou immonde ce qui est altéré par le mélange avec une chose plus vile, comme l'argent mélangé au plomb (St Thomas d'Aquin : Commentaire aux Romains, n° 138).
          .Ce 'test du mal' qui détermine le cadre de notre existence terrestre et qui fixera notre destinée éternelle, est de fait un test portant sur l'amour. Quel amour voulons-nous favoriser ici-bas ? Pour lequel sommes-nous prêts à lutter, à investir nos forces et notre énergie ? "Car où est ton trésor, là sera aussi ton coeur" (Mat. 6, 21), dit Notre-Seigneur.
          . Cette affection est qualifiée de "mal", dans la mesure où elle est due à Dieu, qui seul est digne d'un amour sans limite. Si elle se transpose sur un autre objet, elle entre nécessairement dans un désordre et ne saurait éviter le péché, même dans le cas d'affections légitimes. Car elle détourne de Dieu. Il y a incompatibilité entre ces deux affections.
          .Le combat contre les attaches du monde vaut pour tous les chrétiens, indépendamment de leur état de vie, moines ou laïcs.
          .L'attache à un objet (ce peut être une personne) dépend d'un libre choix de chacun.C'est nous qui nous fixons nos objectifs. Notre volonté suit ce que décide notre intelligence. Le texte suivant rappelle cette vérité :
 
          "Depuis la transgression du commandement et l'expulsion du paradis, l'homme est enchaîné de deux manières et par deux genres de liens. Les uns ont rapport à cette vie, aux affaires qu'elle implique, à l'amour pour le monde, pour les plaisirs charnels et les passions, pour la richesse et la gloire, les biens, la femme et les enfants, les parents, la patrie, les lieux, les vêtements, bref, pour toutes les choses visibles, desquelles la parole de Dieu lui prescrit de se détacher par un libre choix, -car chacun est enchaîné à toutes les choses visibles parce qu'il le veut. De la sorte, s'étant détaché et libéré de tout cela, il pourra garder parfaitement le commandement.
                            D'autre part, dans le secret, l'âme humaine est entourée, enclose, emmurée et liée par les chaînes des ténèbres par les esprits de malice, et elle ne peut pas aimer le Seigneur comme elle le voudrait, ni prier comme elle le voudrait. De tous côtés, dans le monde visible et dans le monde invisible, nous rencontrons de l'opposition, depuis la transgression du premier homme" (II, 21, 2).
 
          St Macaire évoque la possibilité de se libérer des attaches terrestres, mais il ne dit rien ici de la manière de se libérer des liens invisibles. Est-ce que cela est possible ? Existe-t-il une relation de cause à effet entre ces deux formes d'attaches ? L'une dépend-elle de l'autre ? En se débarrassant de l'une, met-on fin à la tyrannie de l'autre ? Voilà les question essentielles qui déterminent tout le cadre du combat spirituel.
                   On peut se douter à première vue qu'il existe bel et bien un lien entre les attaches visibles et les invisibles :
 
          "Celui qui. étant l'objet de la grande bonté et de la longanimité de Dieu, -lequel voit et supporte sans les venger les fautes secrètes ou manifestes, et attend silencieusement la conversion du pécheur-, pousse néanmoins le mépris jusqu'à accumuler péché sur péché, insouciance sur insouciance, offense sur offense, celui-là met le comble à ses péchés, et tombe finalement dans des fautes telles qu'iil ne peut plus s'en relever, il est brisé, et, livré définitivement au Malin, il périt" (II, 4, 21).
         
          .La relation de cause à effet : c'est l'endurcissement dans le péché qui fait atteindre un point de non-retour, lequel scelle en quelque sorte l'appartenance du pécheur au diable. Le choix se fixe en définitive sur le bien apparent que propose le péché et suscite une attache d'airain, infrangible.
          .Le choix humain porte toujours sur une réalité extérieure, en définitive, sur l'attache terrestre elle-même, à laquelle on consent ou non. Et ce positionnement vis-à-vis de l'extérieur conditionne les attaches intérieures.
          .Cette doctrine s'appuie sur des exemples tirés de la Sainte Ecriture. Il est très intéressant de remarquer que ces exemples concernent des collectivités, et non des individus. C'est d'abord celui du peuple juif :
 
          "Très souvent, ils se détournèrent, puis ils revenaient à Lui; Il les supporta de bon gré et les accueillit dans Sa miséricorde, jusqu'au moment où ils se trouvèrent finalement chargés du plus grand des péchés, ayant porté la main sur leur propre Maître, qu'ils attendaient comme Rédempteur, comme Sauveur, comme Roi et comme prophète, conformément à la tradition des pères et des saints prophètes. Car Ils n'ont pas reçu Celui qui était venu eux, mais au contraire, ils L'ont couvert d'ignominie, et finalement, condamné à mourir sur la croix. A la suite de cette grande chute et de ce crime extraordinaire, la mesure de leurs péchés était comble. Alors ils furent délaissés pour toujours, le St Esprit s'étant retiré de chez eux quand le voile du temple se fut déchiré" (II, 4, 20).
 
          . Ensuite, celui de l'humanité au temps de Noé, détruite entièrement par le Déluge, et celui de Sodome. Que dire de notre humanité actuelle, qui s'enfonce de plus en plus dans le péché ?
         
 
                                                Les attaches intérieures.
 
 
          . La question essentielle : suffit-il de rompre avec l'attache extérieure pour mettre fin à l'attache intérieure ?
 
          "Eviter le mal n'est pas encore la perfection; il te faut en outre pénétrer dans ton intellect souillé et y tuer le serpent, ton meurtrier, qui s'y cache, en dessous même de ton intellect et plus profondément que les pensées, dans ce qu'on appelle les chambres et les retraites de l'âme" (II, 17, 15).
 
          .Il semble bien que par rapport à la perfection chrétienne, il faille tenir compte de deux étapes distinctes dans le cheminement spirituel, liées à ces deux formes d'attaches. Et pour chacune, il semble aussi qu'il faille envisager une action propre : car 'éviter le mal' se distingue de la mise à mort du serpent.
          .Il convient donc, en bonne logique, de commencer par la première qui, comme nous l'avons vu, dépend de notre libre détermination. Mais comment avoir accès à la seconde ?
 
          "En conséquence, dès qu'un homme, ayant entendu la parole de Dieu, entreprend la lutte, rejette toutes les affaires de cette vie, les liens du monde, tous les plaisirs charnels, les renie et s'en libère, et s'il se tient avec persévérance devant le Seigneur, Lui consacrant tout son temps, il sera en mesure de découvrir qu'une autre lutte existe dans son coeur, une autre bataille, secrète, et une nouvelle guerre, contre les pensées suggérées par les esprits de malice, et qu'un autre combat l'attend. Et ainsi, s'il tient bon et invoque le Seigneur avec une foi inébranlable et une grande patience, il pourra obtenir de Lui la délivrance des liens, des lacets, des clôtures et des ténèbres des esprits de malice, et qui sont les opérations des passions cachées" (II, 21, 3).
 
          .Le retrait du monde et l'éloignement de tout ce qui pourrait engendrer des attaches permet une prise de conscience : celle de la guerre intérieure que nous portons en nous, mais qui ne se révèle que si les conditions favorisant les attaches extérieures ne sont plus présentes :
 
          "Car aussi longtemps qu'un homme est retenu dans les choses visibles de ce monde, entouré des diverses chaînes de la terre, entraîné par les passions mauvaises, il ne sait même pas qu'il y a un autre combat, une autre lutte, une autre guerre au-dedans de lui" (II, 21, 3).
 
          .L'attention captée par le monde extérieur ne peut se tourner à l'intérieur et découvrir la réalité du combat invisible, lequel a pour instigateur la puissance des ténèbres.
          .Quelle est la nature de ce nouveau combat auquel est confronté celui qui s'est retiré du monde ? Il réside entièrement dans la lutte contre les pensées suggérées par les esprits occultes :
 
          "Certains disent : le Seigneur ne réclame des hommes que des fruits visibles : pour ce qui est de l'intérieur, Dieu le redresse Lui-même. Il n'en est pas ainsi, mais, de même qu'il faut se tenir sur ses gardes en ce qui concerne l'homme extérieur, on doit aussi engager le combat et faire la guerre dans ses pensées. Car le Seigneur te demande de t'irriter contre toi-même et de ne pas te complaire en elles" (II, 3, 3).
 
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