Abbé Wyler
Nous avons eu l'insigne faveur de passer une semaine au Mt Athos, en compagnie d'un prêtre-moine orthodoxe. En nous rendant au plus ancien monastère de la presqu'île, la Grande Laure, située au sud-est de la péninsule, nous nous sommes arrêtés au monastère d'Iviron, où se trouve l'icône la plus vénérée de tout le monde orthodoxe, celle qu'on appelle la Portaïtissa, représentant une Vierge à l'Enfant. Dans l'ouvrage intitulé "lettres du Mt Athos", écrit au XIXe s. par un prêtre russe, on trouve un passage décrivant l'histoire de cette icône :
"De l'église principale (d'Iviron), nous nous rendîmes à la chapelle, Dans la pénombre pleine de mystère de ce petit sanctuaire faiblement éclairé par d'étroites fenêtres, dans la lumière miroitante des quelques veilleuses qui jamais ne s'éteignent, nous aperçûmes l'icône miraculeuse de la Mère de Dieu d'Ibérie (l'actuelle Géorgie). L'expression sévère de la Sainte Vierge inspire un effroi involontaire aux pèlerins; les dimensions et les traits de son divin visage sont majestueux et la Mère des grâces et de la consolation apparaît ici davantage comme la Mère de la justice et du Juge redoutable. Les traits de son visage sont extrêmement expressifs, et je ne connais pas, je n'ai jamais vu d'icône exerçant une telle action sur la pensée et l'imagination.. Certes. il existe sur la Sainte Montagne au monastère de Chilandari, une icône de la Mère de Dieu dite "aux trois mains" (Trichéroussa), dont le visage est, lui aussi, empreint de sévérité, mais il est baigné d'une lumière naturelle, tandis qu'ici, l'icône est sombre et le teint a comme perdu sa carnation. Avec un sentiment de profonde dévotion, nous nous sommes prosternés devant la Sainte Vierge-Mère, et, conscients de notre petitesse, nous avons baisé sa main virginale et le pied de l'Enfant-Dieu, qui emplit de Lui toutes choses et porte tout par Son Verbe. C'est alors que le vénérable Grec nous montra, sur la joue droite de la Mère de Dieu, la blessure, qui se voit toujours aujourd'hui, que lui infligea le Barbare brigand, qui devint pas la suite un étonnant ascète dans cette retraite. La Mère de Dieu d'Ibérie est plus connue ici sous le nom de Portaïtissa. Ce nom lui vient de ce qu'elle-même a bien voulu se tenir aux portes du monastère, bien que maintes fois les moines l'eussent portée à l'intérieur de la cathédrale. Une force invisible, chaque fois, la transportait à nouveau sous le portail. Enfin, un jour, la Mère de Dieu apparut à l'un des saints moines : "Laissez-moi à la porte (au portail) : pourquoi vous efforcez- vous de me retenir ? Mon icône n'est-elle pas dans la cathédrale ? Ce n'est pas vous qui me gardez; je ne suis pas venue ici pour que vous me gardiez; c'est moi qui vais vous garder. Laissez-moi en paix !" Depuis lors, l'icône ne fut plus transportée, mais on édifia une église près des portes, où on l'installa et où elle est vénérée. Le mot Portaïtissa signifie "la Gardienne de la porte" ou "la Portière". D'aucuns disent que dans les temps derniers, avant la seconde venue du Seigneur, cette icône repartira sur son lieu d'origine, en Ibérie, c'est-à-dire dans notre Géorgie." (Lettres du Mt Athos, Presses de la Renaissance, Paris 2004, pp. 184-186).